Cette année, j’ai franchi le seuil symbolique de soixante-cinq ans. Symbolique parce que je n’ai pas pris ma retraite comme plusieurs le font habituellement à ce moment-là.

Soixante-cinq Noëls ont défilé depuis que j’ai vu le jour. Ils sont parsemés de beaux souvenirs et de bonheurs simples, parfois par les tempêtes et les regrets, voire même quelques fois habités par l’absence. Parmi mes souvenirs encore très présents, les balades en traineau avec mon père, le petit train du Père Noël chez Dupuis frères, la crèche de Noël que papa montait sous le sapin chaque année, les desserts que ma mère qu’elle cuisinait en écoutant le disque de Noël du pianiste Roger Williams, la douceur des manteaux de fourrure de mes tantes étalés sur le lit dans la chambre de mes parents, la présence généreuse de mes grandes tantes Antoinette et Blanche-Alice, les soupers avec les tantes et cousins du côté paternel chez mon oncle Raymond, le dernier Noël de ma mère chez mon frère en 1992 et chez moi au Jour de l’an de 1993, les « Sing-along Messiah » à Chalmers-Wesley United Church où des membres de différents chœurs de Québec se réunissaient pour chanter des extraits du Messie de Händel et les cultes de Noël à l’Église Unie Saint-Pierre de Québec.

Je ne peux passer sous silence un événement qui m’a particulièrement touché en 2005. Je travaillais en santé mentale à Québec. La direction avait organisé un séjour de quelques heures pour les résidents de trois ressources à l’hôtel Sheraton de Charlesbourg. La majorité de ces personnes n’avaient jamais mis les pieds dans un hôtel au cours de leur vie. Nous les avions convié à une nuit à l’hôtel, avec souper des fêtes, chorale, distribution de cadeaux par le Père Noël que je personnifiais et un brunch le lendemain matin. C’est probablement un des plus beaux moments de ma vie. Je n’avais pas dormi pendant près de quarante huit heures, mais le bonheur que cette expérience m’a apporté est indescriptible et très présent dans mon cœur encore aujourd’hui.

Le train du Père Noël chez Dupuis frères vers 1960, Montréal, Québec

Mon père Vincent Gauvreau et moi en 1959, Plessisville, Québec

Ma mère, Yvette Jarest-Gauvreau au souper du jour de l’an de 1993. Elle décédera un mois plus tard.

Le Noël des résidents, Charlebourg 2005.

La vie m’a offert en cadeau une grande sensibilité pour l’être humain. La justice sociale et la défense des minorités ont toujours été importantes au cours de ma vie, même si mon implication communautaire a été parfois marquée de maladresses bien que surtout de bonnes actions et davantage d’accomplissements.

La sensibilité est certes un cadeau de la Vie, mais c’est aussi une responsabilité qui m’a forcé à trouver l’équilibre entre mon histoire, mon histoire familiale, les réalités tant connues qu’inconnues.  J’ai appris avec le temps que la compassion envers les autres est une chose, mais qu’elle devrait être mise de l’avant envers soi. Tiens! Ça me rappelle un passage biblique; « Aime ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22;39).

La période des fêtes est pour moi l’occasion de me souvenir des personnes qui ont contribué à mon « savoir être ». La plupart nous ont quittés; mon père, ma mère, mes tantes, mes oncles et certain/es ami/es. Quand je regarde le passé avec bienveillance, je retrouve une part de chacun d’eux qui m’habite. Penser à eux, surtout en lien avec les Noëls passés, c’est en quelque sorte les faire revivre dans la mémoire du temps.

Au cours des deux dernières années, j’ai découvert des personnes de cœur à travers mon histoire familiale. La généalogie m’a permis de comprendre ce qui ne m’était pas nécessairement accessible avant le début de mes recherches. L’ignorance est la pire des choses. Elle entretient les préjugés d’une génération à l’autre. La vérité libère, même si elle est parfois douloureuse.

Dans ma jeunesse et ma vie de jeune adulte, j’ai tellement entendu de clivages inutiles en lien avec mon histoire familiale, parfois des demi-vérités, des mensonges pour sauver les apparences ou des omissions volontaires parce qu’on ne devait pas parler de ceci ou de cela. Mes recherches m’ont permis de remettre les choses en perspective. Ça m’a permis aussi de trouver les chaînons manquants dans mon histoire. J’ai ressenti du bonheur à travers mes découvertes, mais aussi de la colère et du chagrin par rapport aux injustices que certaines personnes ont subies.

Le cerveau humain a une façon étonnante de réagir devant ce qui lui semble être menaçant ou lié aux histoires familiales du passé. Chacun prend le chemin qui lui convient pour atteindre la résilience, mais ça éclabousse parfois au passage ceux et celles que nous croisons sur notre route, comme quoi nous sommes tous interreliés par nos actions même si nous avançons en solitaire. Nos chemins se différencient les uns des autres. Ils peuvent être tortueux et rarement en ligne droite.

J’arrête de jouer au philosophe. Je voulais avant tout vous offrir mes vœux pour la fête de Noël qui sera célébrée dans quelques heures.

Que vous soyez croyants ou que cette fête ne soit pour vous qu’une célébration laïque, que l’accueil et l’amour habitent vos rencontres en familles et entre ami/es. Ayons une pensée pour ceux, celles et celleux qui sont seul/es en cette période des fêtes.

Cette année, j’aurai aussi une pensée pour l’Ukraine qui vivra ces fêtes sous les bombardements russes.

Soyez prudents dans vos déplacements. Les États-Unis et l’est du Canada sont actuellement touchés par un système météorologique important et potentiellement dangereux.

Dernier d'une famille de trois enfants, j'ai œuvré une partie de ma vie dans le domaine de la santé et des services sociaux. Depuis neuf ans, j'ai entamé une nouvelle carrière comme directeur d'un organisme communautaire LGBTQ (2012-2021). Depuis avril 2021, je suis en pré-retraite et j'agis à temps partiel comme coordonnateur aux communications et agent de liaison d'un organisme familiale inclusif. Amateur d'opéra et de ballet, je suis passionné par la recherche, l'histoire, la généalogie, le cinéma et les arts en général.

1 comment on “Soixante-cinq Noëls plus tard

  1. Joyeuses Fêtes Dominique
    Quel beau texte touchant et émouvant.

    J’aime

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